Depuis plus de deux ans, la FSU 91 défend sans relâche les conditions de travail des enseignant.es en UPE2A de l’Essonne. A force d’interpeller l’Administration dans les audiences et les instances, elle a réussi, avec une large intersyndicale à faire avancer le dossier en F3SCT. Suite à l’instance du 16/04 que les représentant·es des personnels ont quitté face au mépris de l’Administration, un groupe de travail a eu lieu le jeudi 04/06. Vous trouverez dans cet article notre compte-rendu de cette réunion.

La F3SCT de l’Essonne (Formation Spécialisée Santé et Sécurité au Travail) étudie depuis plus d’un an les conditions de travail des personnels qui enseignent dans les dispositifs UPE2A des écoles, collèges et lycées du département. Pour vous rappeler les différentes étapes de ce travail, vous pouvez consulter nos différents articles :

L’ensemble de ces articles montrent combien il est difficile faire entendre à notre employeur qu’il est urgent d’améliorer les conditions de travail d’une catégorie de personnels fragilisés par leur cadre d’emploi et le contexte d’extrême-droitisation que nous connaissons. Après la F3SCT très houleuse du 16 avril, le groupe de travail qui a eu lieu le jeudi 4 juin avait pour objectif de renouer le dialogue entre une Administration peu encline à prendre en compte les réalités du terrain et une intersyndicale déterminée à porter les revendications de la profession. Le bilan de cette réunion est plus que mitigé et fait état de nombreuses résistances particulièrement persistantes de la part de l’Administration qui s’est illustrée dans une posture tantôt de mépris, tantôt de déni. Bon nombre de propositions formulées par la DSDEN ont pour objectif d’affaiblir ou d’aplatir les problématiques repérées au moment du dépouillement des résultats du questionnaire : c’est le cas, par exemple, quand il est question du lien avec le CASNAV ou avec la hiérarchie. Cet article n’a pas vocation à rendre compte des détails des préconisations refusées ou acceptées. Les discussions sont en effet encore en cours et le travail mené est susceptible d’évoluer encore jusqu’à la dernière F3SCT de l’année qui se réunira le jeudi 18 juin et au cours de laquelle seront votés le rapport et les préconisations qui ont fait suite au questionnaire rempli par les enseignant.es en UPE2A. Vous trouverez toutefois ci-dessous les premières analyses de la FSU 91.

 

Sur le premier degré

L’Administration a fait un pas en avant : elle reconnaît les risques psychosociaux et la charge de travail inhérents à l’itinérance des enseignant.es UPE2A du premier degré. Elle s’engage à faire évoluer le cadre réglementaire et à mettre en place une prise en compte des déplacements dans le temps de travail, une dispense des services de récréation et une dispense des APC. Si ces annonces constituent une véritable victoire syndicale qui aura pour effet une amélioration immédiate des conditions de travail de nos collègues dès la rentrée prochaine, plusieurs autres points sont encore en discussion et font état des difficultés de la DSDEN à remettre en question ce qui fait le fondement de son pilotage.

Le dialogue s’avère très difficile sur les préconisations concernant le nombre d’élèves et d’écoles par enseignant.e, concernant un lieu de travail dédié dans chaque école, concernant les injonctions contradictoires entre les circulaires et concernant l’application EANA. Et on comprend bien pourquoi. Le budget d’austérité auquel l’Education Nationale est soumise ne permet aucune création de postes dans le 1er degré pour la rentrée prochaine : la DSDEN, en bon petit soldat du ministère, évite soigneusement le sujet et brandit même l’argument des effectifs imprévisibles des élèves EANA. A quoi bon créer des postes, si les effectifs peuvent baisser ? Le reste des discussions s’inscrit dans la même logique de préservation d’un système peu respectueux des personnels et des élèves. Ce qui compte, c’est que les élèves soient dans les classes et qu’on puisse piloter les personnels et les contraindre à travailler avec des moyens toujours en baisse. Plutôt que de dédier un lieu de travail spécifique à l’accueil des EANA dans chaque école, on préfère donc faire un état des lieux du bâti avec la collectivité de rattachement : cet état des lieux prendra bien évidemment du temps et déchargera l’employeur de sa responsabilité si aucun lieu n’est possible, en rejetant la faute sur la mairie. La question du lieu est par ailleurs étroitement liée à celle des modalités d’accompagnement des élèves que la DSDEN a encore beaucoup de difficultés à laisser au choix des enseignant.es. Un lieu dédié permet de mettre en place une aide externalisée, jugée souvent plus efficace par les collègues, alors que la DSDEN tente d’imposer la co-intervention qui coûte moins cher parce qu’elle permet une mutualisation. Il en est de même sur les questions du « date à date » et de la reconnaissance de certains élèves de CP comme NSA : l’Administration refuse de reconnaître les incohérences entre les circulaires, nationale et académique, et a toujours recours au texte qui privilégiera l’économie. Enfin, l’application EANA a encore fait l’objet de débats stériles qui montrent combien cet outil est d’abord un outil de pilotage et de contrôle qu’il faut à tout prix préserver.

 

Sur le second degré

L’Administration a validé sans difficulté les préconisations qui permettent de sortir les collègues de l’isolement et de renforcer le collectif de travail autour de l’inclusion des EANA dans les établissements. Ces préconisations ne sont en rien problématiques, pour elle, puisqu’elles vont dans le sens des principes défendus en apparence dans la politique d’école inclusive du ministère. Mais les refus des autres préconisations montrent combien cette politique n’est qu’une vitrine hypocrite, qui ne construit aucune réflexion profonde et experte sur l’accueil de jeunes collégiens et lycéens étrangers. Les préconisations pour le moment refusées sont celles qui mettent en évidence les injustices inhérentes aux politiques récentes et actuelles du ministère de l’intérieur.

L’Administration refuse d’envisager un rétablissement des bonifications d’orientation pour les élèves UPE2A, alors que celles-ci étaient possibles auparavant, au même titre que les bonifications dont bénéficient les élèves relevant d’un dispositif ULIS. Pour rappel, ces bonifications ont été retirées seulement pour les élèves UPE2A et au moment précis où la DSDEN connaissait de grandes difficultés pour affecter tous les élèves du département en lycée, faute de places en nombre suffisant en particulier dans la voie professionnelle. De la même manière, l’Administration refuse de soutenir les dossiers des élèves majeur.es au moment de leur demande d’AES (Admission Exceptionnelle au Séjour), arguant que la délivrance d’un titre de séjour ou d’une OQTF est de la compétence stricte de la Préfecture. Ces refus sont politiquement très marqués et participent ouvertement à la politique d’exclusion que le ministère de l’Intérieur s’évertue à mener avec successivement Darmanin, Retailleau et maintenant Nunez. La FSU a souvent pointé la contradiction qui existe entre les différents services de l’Etat, l’Education Nationale investissant sur la scolarité de jeunes qui se voient ensuite rejetés par la Préfecture au moment de leur majorité. L’Education Nationale est finalement peut-être complice de ce rejet, qu’elle anticipe déjà en fragilisant les parcours d’orientation des élèves qui, une fois déscolarisés, sont dans l’incapacité de construire un dossier suffisamment solide pour légitimer leur demande de séjour en France. Au lieu d’avouer cette complicité, la DSDEN préfère dire aux représentants syndicaux que leur demande ne relève pas de la F3SCT, puisqu’elle n’est pas en lien direct avec le travail réalisé par les enseignant.es en UPE2A sur le terrain. Cet argument est facile à déconstruire et nous offre une nouvelle occasion de montrer la lâcheté politique de notre employeur, incapable de prendre en charge les conflits de valeurs auxquels sont exposés ses personnels. C’est une honte ! La FSU continuera de porter ces préconisations jusqu’à l’instance.

 

Plus que jamais, il est indispensable de faire front collectivement pour faire entendre la parole de la profession ! La FSU appelle à participer massivement au rassemblement organisé le mercredi 17 juin à 15h devant la DSDEN. Elle invite tous les personnels des écoles et des établissements à venir soutenir leurs collègues enseignant en UPE2A. Ce n’est qu’à la condition d’une mobilisation réussie que nous pourrons créer un véritable rapport de force au moment de la F3SCT du jeudi 18 juin.