Le lundi 1er juin 2026, l’intersyndicale de l’Education a été reçue par la Direction Académique de l’Essonne dans le cadre du déploiement des pôles d’appui à la scolarité (PAS) qui concernera une partie du département à la rentrée prochaine. Vous pouvez consulter dans cet article notre compte-rendu de cette audience.
Les Hauts-de-Seine étaient jusqu’à présent le seul département de l’académie de Versailles concerné par le déploiement des PAS dans l’Education Nationale. A partir de la rentrée prochaine, l’Essonne sera touchée : 17 PAS (dont la carte devrait bientôt nous être transmise) seront créés en septembre 2026, mais à terme, l’Administration projette bien de transformer les 58 PIAL en PAS, malgré le vote majoritairement contre à l’Assemblée Nationale. Ces Pôles d’Appui à la Scolarité sont censés, dans l’esprit de notre employeur, révolutionner le pilotage de l’école inclusive sur notre département, en rapprochant les différents acteurs intervenant auprès des enfants et jeunes à besoins éducatifs particuliers. Les représentant.es des personnels n’ont jamais été associé.es à la réflexion sur ce nouveau dispositif qui, nulle part, n’a fait ses preuves.
Le pilotage d’un PAS sera constitué d’un.e IEN, d’un.e chef.fe d’établissement, et d’une EMASCO. Deux personnels coordonnent le PAS, un.e enseignant.e de l’Education Nationale et un.e éducateur.ice spécialisé.e (qui relève de l’ARS). Ces binômes de coordination seront implantés dans 17 collèges, sans réelle concertation avec les chef.fes d’établissement et après avis du Conseil Départemental sur la capacité d’accueil d’un bâti déjà particulièrement saturé. Concrètement, le travail s’organisera en deux domaines : la compensation d’une part et l’accessibilité d’autre part. Le volet « compensation » est centré autour de l’accompagnement humain des AESH, qui continueront d’exercer au sein des PAS, comme elles le font actuellement au sein des PIAL. Le volet « accessibilité » s’organise, quant à lui, autour de plusieurs missions :
- accueil des familles pour faciliter l’évaluation des besoins des élèves et formuler une réponse de premier niveau, dans l’attente d’une réponse de la MDPH ;
- conseil auprès des équipes pour organiser l’accessibilité des apprentissages ;
- aide à la mise en place d’un matériel pédagogique adapté.
Ce montage en dit long sur l’impuissance de l’Education Nationale et de nos services publics ! Au lieu de créer les conditions réelles d’un accueil digne de toutes et tous les élèves à l’école, en ajustant les moyens aux besoins du terrain, on préfère ponctionner des postes d’enseignant.es devant élèves pour piloter aux côtés de l’ARS ce que l’Education Nationale échoue à faire ! Cette supercherie vient aussi combler l’attente d’une MDPH très en difficulté, qui peine à réduire les délais, faute de moyens humains en nombre suffisant pour traiter toutes les demandes. Les PAS ne sont rien d’autre qu’un dispositif guignol qu’on agitera pour dire qu’on se préoccupe de l’inclusion, au lieu d’interroger réellement et en profondeur ce dont l’école a besoin pour être réellement inclusive. Les binômes de coordination préfigurent aussi une politique inquiétante. Les 17 ETP d’enseignant.es ont été prélevés sur le budget des postes du 1er degré, ce qui est inacceptable compte tenu des difficultés que connaissent les écoles du département pour le remplacement. Ces 17 ETP risquent d’attirer des personnels déjà engagés dans l’école inclusive (coordo ULIS, enseignant.es RASED, etc.) : qui les remplacera quand ils et elles seront en poste sur les PAS ? Mais par ailleurs, ces 17 ETP ne sont pas tous fléchés pour des enseignant.es spécialisé.es titulaires d’un CAPPEI : l’employeur se contenterait-il d’une école inclusive pilotée par des personnels sans formation ? Les 17 ETP d’éducateur.ices spécialisé.es dépouilleront, quant à eux, les établissements médico-sociaux qui peinent déjà à fonctionner correctement, faute de personnels formés. Les PAS n’annonceraient-ils pas la disparition à venir des ESMS ? Ne soyons donc pas dupe : les PAS ne sont qu’un cache-misère, une vulgaire vitrine ministérielle qu’il faut briser sans tarder, avant que le pire ne s’installe.
Dans cette tempête, la FSU reste aux côtés des AESH ! L’audience a mis en lumière plusieurs difficultés concernant la gestion des AESH. Si l’intersyndicale a bien eu l’assurance que les AESH continueront d’intervenir seulement auprès des élèves notifiés par la MDPH conformément à leurs contrats, elle s’est indignée de l’ajout dans les PAS des écoles et établissements privés. Cet élargissement pose deux problèmes : il augmente le nombre de lieux de travail possibles pour une AESH et il contraint potentiellement une AESH convaincue de sa mission de service public à exercer dans le privé alors qu’elle ne le souhaite pas. L’Administration ne voit aucun problème à cette modification et prévoit même que les AESH actuellement dans le privé pourront venir en renfort sur les établissements publics ! On attend de voir ! Si l’intersyndicale a obtenu par ailleurs l’assurance que le périmètre géographique des PAS n’excéderait pas celui des PIAL actuels, elle a découvert non sans colère que cette règle s’appliquait partout sauf sur deux secteurs (voir la carte ci-dessous) :
- Montgeron : les PIAL 37 et 38 fusionnent pour devenir un seul et même PAS.
- Juvisy et Viry-Châtillon : les PIAL 21 et 57 fusionnent pour devenir un seul et même PAS.

Toutes les AESH concernées par une transformation de leur PIAL en PAS se verront proposer un avenant à leur contrat, pour que celui-ci soit en conformité avec le nouveau dispositif. Mais concrètement, toutes les AESH exerçant actuellement sur les PIAL qui fusionneront auront un avenant qui élargira leur zone d’exercice actuelle. Attention, la FSU vous met en garde sur la règlementation en vigueur : la circulaire du 5 juin 2019 stipule que « conformément à l’article 45-4 du décret du 17 janvier 1986, en cas de transformation du besoin ou de l’emploi qui a justifié le recrutement de l’agent contractuel recruté pour un besoin permanent, l’administration peut proposer la modification d’un élément substantiel du contrat de travail tel que la quotité de temps de travail de l’agent, ou un changement de son lieu de travail. Lorsqu’une telle modification est envisagée, la proposition est adressée à l’agent par lettre recommandée avec avis de réception ou par lettre remise en main propre contre décharge. Cette lettre informe l’agent qu’il dispose d’un mois à compter de sa réception pour faire connaître, le cas échéant, son acceptation. À défaut de réponse dans le délai d’un mois, l’agent est réputé avoir refusé la modification proposée conduisant à la rupture du contrat initial. » Autrement dit, toute AESH qui refuserait de signer un avenant serait considérée comme démissionnaire et cette rupture de contrat ne pourra donner lieu aux droits au chômage !
Pour les AESH de Juvisy, Viry-Châtillon et Montgeron, les PAS constituent donc un scandale encore plus important, parce qu’ils dégradent considérablement leurs conditions de travail déjà fortement dégradées par le cadre de gestion scandaleux auquel toutes les AESH sont soumises. La FSU invite toutes les AESH concernées à remplir le registre Santé et Sécurité au Travail dans les meilleurs délais, avant le 18 juin, date de la prochaine réunion de la F3SCT. Ce n’est qu’à la lumière de tous les témoignages rédigés dans les registres des écoles et des établissements du département que vos représentant.es FSU pourront agir dans cette instance, en soumettant au vote un avis destiné à responsabiliser l’Administration et à la contraindre à répondre sur ce point dans un délai de deux mois.
Pour la FSU, le constat est sans appel : les PAS poursuivent la logique comptable des PIAL qui ont prouvé autant leur inefficacité que la maltraitance qu’ils induisent. Ils accentuent par ailleurs cette logique en élargissant le champ de prise en charge à d’autres élèves que celles et ceux notifié.es par la MDPH, alors que les moyens sont déjà très insuffisants pour les élèves déjà notifiés. Ce n’est pas avec un tel dispositif de gestion de la pénurie que l’école pourra assurer pleinement sa mission de service public d’éducation. La FSU continue de revendiquer des moyens à la hauteur des besoins qui permettront d’alléger les effectifs par classe et de former avec ambition tous les personnels. Elle mobilise massivement l’ensemble des personnels pour défendre une école réellement démocratique qui réduit les inégalités. Cette école, pour exister, exige aussi et surtout une autre politique et des services publics pleinement engagés pour la soutenir.
C’est pourquoi, les syndicats de la FSU appellent à la grève le mardi 9 juin pour revendiquer la création d’un corps de fonctionnaire de catégorie B pour les AESH et des moyens pour une école réellement inclusive. Une manifestation aura lieu à Paris : départ à 14h, place Bainville.

ESSONNE