La Directrice Académique de l’Essonne a organisé le mardi 16 juin une audience sur les effectifs dans la voie professionnelle. Cette question est brûlante depuis plusieurs années dans notre département, où à chaque rentrée des centaines d’élèves ne trouvent pas d’affectation dans les lycées, faute de places en nombre suffisant. Les décisions pour pallier à ces difficultés en septembre 2026 sont scandaleuses. Retrouvez ici nos analyses et notre compte-rendu.
La situation n’est pas propre à cette prochaine rentrée. Le mois de juin correspond à la période des procédures d’orientation, via Affelnet, pour les élèves de 3ème entrant en lycée et pour les élèves de lycée entrant en voie technologique ou en voie professionnelle. Chaque année depuis cinq ans, cette période est devenue particulièrement sensible et anxiogène en Essonne, tant les places sont en nombre insuffisant au regard de la démographie scolaire. Les dernières rentrées successives ont montré que l’affectation de tous les élèves en lycée est devenue un problème essonnien. Les lycées du département ne sont désormais plus capables d’accueillir tous les jeunes, soit par manque de places à cause de la saturation du bâti, soit par manque d’anticipation ou par volonté de contraindre les orientations des élèves. C’est ainsi – on s’en souvient bien – que pour faire absorber tous les effectifs, la Direction Académique fraîchement arrivée dans l’Essonne en 2023 avait imposé que toutes les classes de 2nde GT montent à 36 élèves au détriment des règles de sécurité et des conditions de travail des personnels ; c’est ainsi qu’avaient ouvert tardivement et parfois même au tout dernier moment des 2ndes Avenir d’une part, des 1ères STMG d’autre part. Pour les lycées encore en capacité d’accueillir, il suffirait pourtant d’ouvrir davantage de classes, dès janvier au moment du vote des DGH, dans les différentes filières professionnelles et technologiques et d’ouvrir davantage de divisions en 2nde GT. Jusqu’à maintenant tous les moyens étaient bons pour justifier l’impuissance de la DSDEN : soit on renvoyait la responsabilité au Rectorat dont dépend la carte des formations de la voie technologique ou à la Région qui gère la carte des formations de la voie professionnelle ; soit on prétextait que l’enveloppe académique donnée à l’Essonne était insuffisante et qu’il fallait faire comme on pouvait avec les moyens du bord… Et par ailleurs, on avait recours à toutes les solutions les plus scandaleuses pour combler les défaillances du service public d’éducation, y compris l’augmentation de la capacité d’accueil des divisions de CAP (qui sont passés dans certains lycées de 12 à 24 élèves) et le financement de places supplémentaires dans des lycées privés (voir à ce sujet notre article de novembre 2024) !
Jusqu’à cette année, la DSDEN s’était toujours refusée à communiquer sur le nombre réel d’élèves non affectés. Chaque année, la Directrice Académique et ses adjoints justifiaient leur absence de réponse en arguant qu’il faut être prudent, que les chiffres ne sont jamais stabilisés et évoluent à tout moment, que tout chiffre est susceptible d’être manipulé et mal interprété. La FSU voyait davantage dans ce silence une preuve de l’ampleur et de la gravité de la situation et d’une véritable injustice sociale qu’on tentait à tout prix d’étouffer. Ce sont en effet les publics les plus fragiles qui sont touchés par ces difficultés d’affectation. La saturation bâtimentaire des établissements du département, la dégradation des climats scolaires et du service public, la crise sanitaire ont creusé des inégalités sociales et scolaires déjà importantes depuis de nombreuses années. Mais ce constat n’a pas conduit à des choix politiques bienveillants et respectueux des jeunes. Au lieu de prendre en charge la difficulté scolaire en élargissant la carte des formations, en finançant des ouvertures de classes, on construit un modèle de lycée élitiste et maltraitant où les élèves sont sous la pression d’une permanente évaluation et on essaie de tordre les projets d’orientation des élèves pour gérer les flux. Cette violence institutionnelle se lit notamment dans les difficultés majeures que rencontrent, ces dernières années, nos élèves scolarisés en lycée dans les dispositifs UPE2A.
En prévision de la rentrée prochaine et avant son départ en retraite, la Dasen de l’Essonne a décidé – cette année – de faire autrement, en affichant une vitrine de dialogue social. La réunion du mardi 16 juin qui a réuni des représentants de la DSDEN et les représentants des personnels avait pour objectif de présenter les décisions prises par anticipation pour tenter de faire entrer au chausse-pied les élèves dans les classes de la voie professionnelle. La tension qu’avait connue l’Essonne depuis ces dernières années se cristallise en effet maintenant majoritairement sur cette voie. Pour lutter contre le manque de places (la faute à la Région) et au manque de moyens (la faute au Rectorat), la DSDEN prévoit de saturer les classes de 2nde professionnelle en y ajoutant 2 élèves supplémentaires dans toutes les classes de seconde bac pro tertiaire et dans la majorité des classes de seconde bac pro industriel.
L’ensemble des organisations syndicales présentes a dénoncé avec la plus grande fermeté cette manœuvre qui dégradera en profondeur les conditions de travail des personnels et les conditions d’apprentissage des élèves. Cette mesure ne donne par ailleurs pas lieu à la suppression des 2ndes Avenir (dans les lycées Clément Ader, Georges Brassens, Paul Langevin, Auguste Perret et Jean Perrin), pour lesquelles la FSU continue de demander la suppression afin d’offrir aux élèves une place dans une véritable filière. Les lycées concernés par cette augmentation d’effectifs recevront une enveloppe horaire calculée à partir d’un volume horaire par élève supplémentaire : 0,67h x élèves supplémentaires dans les filières tertiaires et 0,80h x élèves supplémentaires dans les filières industrielles. Ainsi, partout où les effectifs augmenteront, on obligera les équipes à réorganiser les services, à absorber des heures supplémentaires et à repenser les espaces de travail. Bien évidemment, ces augmentations d’effectifs (qui peuvent au global dépasser les 30 élèves supplémentaires si l’établissement accueille aussi une classe Avenir) ne s’assortiront d’aucun moyen supplémentaire en AED ! L’instance départementale sur les moyens en assistance éducative devrait avoir lieu le mardi 30 juin prochain, mais nous savons déjà que l’enveloppe – si elle est augmentée – servira d’abord à financer les AED du nouveau collège de Wissous qui ouvrira ses portes en septembre 2026.
Comme toujours, la DSDEN – pour appliquer ses mesures scandaleuses – contacte les chefs d’établissement et seulement les chefs d’établissement, qui ont souvent bien du mal à consulter les équipes et sont souvent bien ignorants des conditions d’exercice que connaissent les collègues, en particulier sur les plateaux techniques. Quasiment tous les lycées professionnels et polyvalents de l’Essonne sont concernés par cette mesure. Seuls le lycée Ampère à Morsang/orge et le lycée Château des Coudraies à Etiolles sont épargnés. Vous trouverez ci-dessous la liste des filières des établissements retenues par la DSDEN pour absorber un élève supplémentaire par groupe (c’est-à-dire deux élèves par division de 2nde Bac Pro) ainsi que l’enveloppe horaire supplémentaire que recevra chaque établissement. Cette enveloppe varie en fonction du nombre de filières concernées dans l’établissement et du nombre de divisions dans les filières concernées.
- Lycée Belmondo, Arpajon : 2de pro métiers de la relation client, 2de pro métiers du pilotage et de la maintenance d’installations automatisées, 2de pro métiers de la gestion administrative, du transport et de la logistique. Enveloppe globale : 6,29 heures.
- Lycée Timbaud, Brétigny/Orge : 2de pro métiers de la construction durable, du bâtiment et des travaux publics, 2de pro métiers des études et de la modélisation numérique du bâtiment, 2de pro métiers de la réalisation d’ensembles mécaniques et industriels. Enveloppe globale : 8,00 heures.
- Lycée Léonard de Vinci, St Michel/Orge : 2de pro animation-enfance et personnes âgées. Enveloppe globale : 1,34 heures.
- Lycée Paul Langevin, Ste Geneviève-des-Bois : 2de pro métiers de la relation client, 2de pro métiers de la gestion administrative, du transport et de la logistique. Enveloppe globale : 8,04 heures.
- Lycée Alexandre Denis, Cerny : 2de pro métiers de la maintenance des matériels et des véhicules, 2de pro carrossier peintre automobile, 2de pro conducteur routier de marchandises, 2de pro métiers de la gestion administrative, du transport et de la logistique, 2de pro métiers de l’aéronautique. Enveloppe globale : 9,34 heures.
- Lycée Nikola Tesla, Dourdan : 2de pro métiers de la relation client, 2de pro métiers de la gestion administrative, du transport et de la logistique, 2de pro métiers de la maintenance des matériels et des véhicules, 2de pro métiers du pilotage et de la maintenance d’installations automatisées, 2de pro métiers des transitions numérique et énergétique. Enveloppe globale : 10,42 heures.
- Lycée Geoffroy St Hilaire, Etampes : 2de pro métiers de la gestion administrative, du transport et de la logistique. Enveloppe globale : 1,34 heures.
- Lycée Mandela, Etampes : 2de pro métiers de la relation client, 2de pro animation-enfance et personnes âgées. Enveloppe globale : 5,88 heures.
- Lycée Doisneau, Corbeil-Essonnes : 2de pro métiers de la réalisation d’ensembles mécaniques et industriels, 2de pro métiers de la relation client, 2de pro métiers de la gestion administrative, du transport et de la logistique, 2de pro métiers des transitions numérique et énergétique. Enveloppe globale : 8,56 heures.
- Lycée Baudelaire, Evry-Courcouronnes : 2de pro métiers de la beauté et du bien-être. Enveloppe globale : 3,20 heures.
- Lycée Auguste Perret, Evry-Courcouronnes : 2de pro métiers de l’agencement, de la menuiserie et de l’ameublement, 2de pro métiers de la construction durable, du bâtiment et des travaux publics. Enveloppe globale : 2,40 heures.
- Lycée Georges Brassens, Evry-Courcouronnes : 2de pro métiers de la réalisation d’ensembles mécaniques et industriels, 2de pro métiers des transitions numérique et énergétique. Enveloppe globale : 6,40 heures.
- Lycée Marie Laurencin, Mennecy : 2de pro métiers de la gestion administrative, du transport et de la logistique. Enveloppe globale : 2,68 heures.
- Lycée Mendès-France, Ris-Orangis : 2de pro métiers des transitions numérique et énergétique, 2de pro métiers de la relation client. Enveloppe globale : 8,82 heures.
- Lycée L’Essouriau, Les Ulis : 2de pro métiers de la gestion administrative, du transport et de la logistique, 2de pro métiers du pilotage et de la maintenance d’installations automatisées, 2de pro métiers des transitions numérique et énergétique. Enveloppe globale : 6,14 heures.
- Lycée Jean Perrin, Longjumeau : 2de pro métiers de la relation client, 2de pro métiers de la gestion administrative, du transport et de la logistique, 2de pro métiers du pilotage et de la maintenance d’installations automatisées, 2de pro métiers de la réalisation d’ensembles mécaniques et industriels. Enveloppe globale : 9,62 heures.
- Lycée Gustave Eiffel, Massy : 2de pro métiers de la couture et de la confection, 2de pro métiers des transitions numérique et énergétique, 2de pro métiers de la construction durable, du bâtiment et des travaux publics. Enveloppe globale : 4,80 heures.
- Lycée Parc de Vilgénis, Massy : 2de pro métiers de la gestion administrative, du transport et de la logistique, 2de pro métiers de la réalisation d’ensembles mécaniques et industriels, 2de pro métiers des transitions numérique et énergétique. Enveloppe globale : 8,54 heures.
- LIPPS, Palaiseau : 2de pro optique, photonique, technologie, lumière. Enveloppe globale : 1,60 heures.
- Lycée Poincaré, Palaiseau : 2de pro animation-enfance et personnes âgées, 2de pro métiers de la relation client. Enveloppe globale : 4,02 heures.
- Lycée Nadar, Draveil : 2de pro métiers de la sécurité, 2de pro métiers de la relation client, 2de pro métiers du pilotage et de la maintenance d’installations automatisées, 2de pro métiers des transitions numérique et énergétique. Enveloppe globale : 8,56 heures.
- Lycée Les Frères Moreau, Quincy-sous-Sénart : 2de pro métiers de la réalisation d’ensembles mécaniques et industriels, 2de pro métiers des transitions numérique et énergétique, 2de pro métiers de la maintenance des matériels et des véhicules. Enveloppe globale : 8,00 heures.
- Lycée Louis Armand, Yerres : 2de pro métiers de la gestion administrative, du transport et de la logistique, 2de pro métiers de la relation client. Enveloppe globale : 6,70 heures.
- Lycée Clément Ader, Athis-Mons : 2de pro métiers du pilotage et de la maintenance d’installations automatisées, 2de pro métiers des transitions numérique et énergétique. Enveloppe globale : 4,80 heures.
- Lycée Jean Monnet, Juvisy/Orge : 2de pro métiers de la relation client, 2de pro métiers de la gestion administrative, du transport et de la logistique, 2de métiers du cuir, 2de pro métiers de la couture et de la confection. Enveloppe globale : 13,92 heures.
- Lycée Yourcenar, Morangis : 2de pro métiers de la relation client, 2de pro métiers de la gestion administrative, du transport et de la logistique. Enveloppe globale : 4,02 heures.
- Lycée Monge, Savigny/Orge : 2de pro métiers de la maintenance des matériels et des véhicules, 2de pro carrossier peintre automobile, 2de pro métiers de la gestion administrative, du transport et de la logistique. Enveloppe globale : 7,48 heures.
Cette situation scandaleuse annoncée par la Dasen comme provisoire risque d’être pérenne. Les prévisions d’effectifs n’annoncent une baisse des effectifs qu’à partir de 2035 et le prochain lycée prévu à Sénart n’est pas prêt d’ouvrir ses portes ! La Région doit impérativement élargir la carte des formations et permettre l’ouverture de classes supplémentaires sur le département ! Pour compléter nos analyses, vous trouverez ci-dessous le communiqué intersyndical publié après l’audience et que nous vous recommandons de diffuser très largement dans les lycées concernés :
ESSONNE