Le mercredi 3 juin 2026, des faits extrêmement graves se sont produits au collège Dunoyer de Segonzac à Boussy-Saint-Antoine. Leur prise en charge à tous les niveaux montrent le mépris et la violence institutionnels qui s’exercent, au quotidien, sur les élèves et les personnels. La FSU pointe – une fois de plus – les insuffisances systémiques et les impensés qui pèsent lourdement sur l’Education Nationale.
La presse s’est emparée presque immédiatement du sujet (cf. l’article du Parisien), avant même que les autorités académiques n’aient eu le temps de dire ouf ! Le mercredi 3 juin, au collège Dunoyer de Segonzac à Boussy-Saint-Antoine, un collégien de 3è a attaqué, en classe, une autre élève avec un couteau. L’intervention courageuse de la professeure a permis d’éviter le pire ; élèves et personnels ont été confiné.es pendant de longues minutes d’incertitude ; on compte deux victimes, légèrement blessées, fort heureusement. Cet événement grave survient dans une zone géographique de l’Essonne particulièrement sensible, identifiée par les forces de l’ordre et l’Education Nationale comme un secteur propice aux rixes. Cet événement grave intervient aussi alors que la FSU ne cesse d’alerter, depuis de nombreuses années, sur la dégradation massive des climats scolaires et plus globalement sur une augmentation notoire de la violence, partout dans le département. La question ici n’est pas de savoir si l’acte perpétré par l’élève au collège de Boussy s’inscrit dans une dynamique bien connue de ce territoire. La question est plutôt de savoir si cet événement aurait pu être évité et comment la crise qui s’en est suivie met en lumière les défaillances d’un système très rigide, mais finalement bien fragile. Pour la FSU, le constat est sans appel : les politiques éducatives se révèlent bien incapables de prendre en charge et réduire la violence que les jeunes manifestent dans l’espace public, parce qu’elles construisent elles-mêmes une autre forme de violence par l’affaiblissement constant et progressif des services publics susceptibles pourtant de remédier à la situation.
Cette agression, qualifiée par les personnels du collège de tentative d’homicide, doit inviter l’institution à s’interroger sur les moyens qu’elle se donne pour construire un véritable service public d’éducation. Aux dires de l’Administration, le jeune auteur de l’agression bénéficiait d’un suivi spécifique mais qui n’a pas permis d’évaluer la situation à sa juste mesure. Les collègues, quant à eux, interrogent l’absence de prise en compte de leurs alertes qui auraient pu permettre d’anticiper ce passage à l’acte. C’est malheureusement quand le pire advient qu’on cherche un responsable. Mais dans un système où la charge de travail augmente constamment sans moyens supplémentaires et où on détricote le sens de nos métiers à coups de procédures et de dispositifs inefficaces, les personnels ne parviennent plus à assurer correctement leurs missions. La FSU continue de revendiquer sans relâche la nécessité absolue de doter les établissements à hauteur des besoins en moyens enseignants et non-enseignants : ce n’est qu’à la condition d’une équipe éducative et pluriprofessionnelle solide et formée que l’école pourra sécuriser le parcours des jeunes qu’elle a la mission d’accueillir et d’accompagner dignement. Les 23 et 30 juin prochains, auront lieu les instances relatives à l’attribution des enveloppes de moyens en assistance éducative. Vos représentants FSU y défendront d’autres choix politiques : la démographie scolaire en hausse et la dégradation profonde des climats scolaires doivent entraîner, et de façon pérenne, des moyens supplémentaires d’AED pour tous les établissements et en particulier pour un collège comme celui de Boussy-Saint-Antoine qui connaît une saturation bâtimentaire très inquiétante et une instabilité des équipes de direction.
Concernant le suivi de la crise dans l’établissement, la FSU dénonce l’inertie et le manque de considération dont a fait preuve la Direction Académique. Le dialogue social entre l’Administration et le SNES-FSU sur la situation révèle tout à la fois un mépris et un déni inscrits en profondeur dans le fonctionnement institutionnel de l’Education Nationale. Rien n’aura été épargné aux collègues. La gestion immédiate de la crise dans la matinée du mercredi 3 juin montre tout d’abord une évaluation trop rapide et très superficielle de la situation. La tension monte ensuite quand on leur refuse, pour le lendemain matin, un temps banalisé de concertation pourtant indispensable. Ce temps, finalement accordé après une bataille syndicale, est jugé trop court (une heure). Les interventions du C2A2E et des différents personnels de la DSDEN travaillant aux côtés de la Directrice Académique ne parviennent pas à apaiser les collègues, choqués de la légèreté avec laquelle la situation est considérée et gérée. Après un événement comme celui-ci, la FSU rappelle et soutient que deux réponses sont toujours attendues. Une réponse d’abord symbolique : tout doit s’arrêter, pour que la solennité vienne compenser le choc éprouvé par les équipes et les élèves. Une réponse ensuite concrète : les équipes doivent être renforcées par des moyens humains pérennes qui viendront montrer que la gravité de la situation a été évaluée à sa juste mesure. La DSDEN est incapable d’apporter ces réponses, parce qu’elle considère que sa mission première est celle d’accueillir les élèves coûte que coûte, ignorant sans vergogne qu’elle est aussi responsable de la santé et de la sécurité des personnels. Et comble du scandale : quand la FSU l’interroge en instance sur le protocole de gestion de crise mis en place, elle renvoie au local en interrogeant à son tour le PPMS construit par le chef d’établissement ! La FSU demande depuis des années que se tienne dans l’Essonne un GT F3SCT sur les écoles et les établissements en crise, qui permettrait de placer la DSDEN face à ses responsabilités. En vain. L’exemple du collège Dunoyer de Segonzac est une parfaite illustration de cette lâcheté politique.
ESSONNE