FSU Essonne

Rentrée 2016 dans l’Essonne : pas si "apaisée" que ça !

jeudi 24 novembre 2016 par Webmestre

"Une rentrée apaisée", tel était le constat de Najat Vallaud-Belkacem toujours très optimiste. Mais il y a loin entre les déclarations de la ministre et la réalité du terrain. Comme cela était prévisible, la rentrée 2016 a été particulièrement difficile tant pour les conditions d’étude des élèves que pour les conditions de travail des enseignants. L’Essonne n’a malheureusement pas échappé à cette réalité.

Dans le Premier degré : une rentrée pas si sereine.

En apparence, tout se serait bien passé mais à y regarder de plus près, cette rentrée a été en fait assez pesante :

- une communication omniprésente sur les risques d’intrusion qui risque de tourner à la prophétie auto-réalisatrice. Les enseignant-es, confronté-es à des préconisations contradictoires, ont été accaparé-es en pleine rentrée sur la mise en application de l’exercice obligatoire de simulation d’intrusion. Les collègues ont pu constater à quel point leur école n’était pas sécurisée ou équipée (signal sonore spécifique). D’ores et déjà, on nous remonte les effets collatéraux : anxiété et troubles des élèves (et pas seulement en maternelle), scénarisation de prises d’otages dans la cour de récréation. La profession a été insuffisamment préparée à assumer son rôle (présentation aux élèves, réflexion et organisation).

- l’arrivée des nouveaux programmes qu’il faut assimiler alors qu’aucune formation n’a été dispensée et que 30% des ressources promises sont en ligne, sans parler des manuels que les baisses de dotations municipales ne permettent pas d’acheter. Tout reste à faire, programmations de cycle, progressions, sans cadre véritablement défini.

- un manque criant d’AVS/AESH pour permettre la scolarisation dans des conditions relativement satisfaisantes des enfants relevant de la MDPH (Maison départementale des personnes handicapées).

- des demandes de plus en plus nombreuses d’écrits en tous genres, de justifications ou de tableaux de la part de notre hiérarchie. Nos 108 heures annualisées débordent.

-  Enfin, malgré 163 postes supplémentaires, les effectifs de classe restent aussi chargés. Malgré les dotations conséquentes de ces dernières années, l’Essonne ne décollera pas de la dernière - ou des dernières - place du classement national relatif au nombre moyen d’élèves par classe.

C’est pourquoi, fidèle à son mandat de réduction du temps de travail, le SNUipp-FSU a lancé la consigne de boycott des APC jusqu’à réouverture de négociations sur la révision de nos obligations de service.

Dans le Second degré : une rentrée difficile

- Dans les lycées :

Dès la prérentrée le lycée Corot de Savigny-sur-Orge était en grève pour protester contre les effectifs surchargés : 4 classes de 1ère STMG à 36, une 1ère S avec 37 élèves inscrits. La grève a duré 3 jours avec une audience à la DSDEN, avant que des aménagements à la marge ne soient mis en place.

Les conditions de rentrée ont été très tendues également au lycée Maurice Eliot d’Epinay-sous-Sénart avec des effectifs en hausse, des classes de seconde à 30 ou plus et des 1res ES et L à 35 élèves. Pour les terminales, la situation est pire, avec l’accueil d’un nombre important de doublants venus d’autres lycées du bassin. En effet, alors même qu’un texte réglementaire prévoit le droit des élèves à redoubler, faute de moyens et d’anticipation de la part de la DSDEN, de nombreux élèves n’ont pas pu redoubler dans leur établissement d’origine et après les premiers jours de septembre sans solution, ils ont finalement été affectés au lycée Eliot. Conséquence immédiate et regrettable : un taux de 24% de doublants en Terminale ES alors que la moyenne académique est de 10% ; après 2 jours de grève des élèves et des profs, suivis d’une audience à la DSDEN, 3 HSA ont été ponctionnées sur une option EPS pour permettre des dédoublements !

Au lycée Doisneau de Corbeil, qui accueille 2750 élèves et près de 250 profs, des emplois du temps non viables ont reculé la reprise des cours au 8 septembre ! A l’heure actuelle, les emplois du temps demeurent toujours très problématiques pour les lycéens comme pour leurs enseignants.

Au lycée L’Essouriau des Ulis, 7 semaines après la rentrée, en 1ère STI2D, il manque encore des professeurs en espagnol et dans les matières technologiques. Le recours à Pôle Emploi devient alors la seule solution...

On pourrait multiplier les exemples : au lycée Truffaut de Bondoufle, des élèves de seconde, 1ère et terminale n’ont plus eu cours de mathématiques depuis fin septembre, faute de remplaçant disponible pour une absence pourtant bien prévisible, et il a fallu attendre plusieurs semaines pour qu’un professeur y soit nommé en espagnol.

Ainsi, dans les lycées, la pression démographique, conjuguée à des dotations horaires globales étriquées a entraîné la constitution de classes surchargées. Des élèves sont restés plusieurs semaines sans affectation, notamment des doublants de terminale, et des élèves de 1ère , surtout dans les séries technologiques ; Monsieur Tarlet, Directeur académique, reconnaissait au CDEN du 26 septembre que c’était encore le cas pour un certain nombre d’entre eux.

- Dans les collèges

La mise en place de la Réforme 2016 à laquelle la majorité des collègues reste opposée ne va pas sans poser de problèmes.

Des disciplines sont en danger  : l’allemand, les langues anciennes… De nombreux collègues d’allemand ont vu leur service diminuer et doivent exercer dans 2 ou 3 établissements avec parfois un complément de service proposé dans le 1er degré. Pour les lettres classiques, la part des langues anciennes dans les services est au minimum, et rien n’est fait pour favoriser cet enseignement : heures de latin sur la pause déjeuner, comme s’il s’agissait de clubs avec 30 minutes de pause-repas seulement pour les latinistes. Ou encore des groupes surchargés en 5ème (30 élèves au collège Weiler à Montgeron). Oui, comme nous l’avions annoncé, le latin est en danger !

Avec la LV2 en classe de 5ème et les sciences physiques en 6ème installées par la réforme du collège, il y a un manque cruel d’enseignants dans ces disciplines déjà très tendues. La situation est tellement grave que le Rectorat de Versailles tente de recruter des professeurs d’espagnol par l’intermédiaire de l’Ambassade de France en Espagne et de l’Ambassade d’Uruguay en France. Inédit ! Pendant ce temps, à Grigny, des élèves des collèges Jean Vilar et Sonia Delaunay (classés REP+) n’ont toujours pas eu cours d’espagnol.

A la gestion parfois hasardeuse et au manque d’anticipation, s’ajoute la crise du recrutement sans précédent que connaît le métier d’enseignant. Faiblesse des rémunérations, affectations sur plusieurs établissements, conditions dégradées, réunionites, surcharge due aux changements des programmes sur tous les niveaux, détournement de la pondération en éducation prioritaire sont les causes du manque d’attractivité de nos métiers que les syndicats de la FSU dans le second degré ne cessent de dénoncer. L’annonce faite par Najat Vallaud-Belkacem, le 18 octobre, de réactiver les remplacements de courte durée dans le cadre du décret de Robien de 2005 (jusqu’à 5 heures en plus par semaine, dans la limite de 60h par an !) ne peut qu’accentuer la charge de travail des enseignants au détriment d’un enseignement de qualité et de l’attractivité de nos métiers.

Les effectifs explosent également en collège avec des classes qui se généralisent entre 28 et 30 élèves (parfois même 31…) et les REP ou REP+ n’y échappent pas. Cette augmentation est une des conséquences majeures de la réforme, dans la mesure où les 2h45 de marge ont été financées par la disparition du seuil. L’augmentation des effectifs n’a pas été suivie de créations de postes d’AED ou de CPE à la hauteur des besoins, aujourd’hui les équipes de vie scolaire sont à flux tendus.

Les EPI (enseignements pratiques interdisciplinaires) et l’AP (accompagnement « personnalisé »), qui devaient être les mesures phares de la réforme, sont mis en place à minima le plus souvent et de manière très inégale dans le département, créant de nombreux dysfonctionnements ;

A ce tableau peu idyllique il convient d’ajouter les discours sécuritaires anxiogènes, les pressions de certains chefs sur les équipes (mise en place de projets de manière arbitraire, pression pour faire assurer des heures supplémentaires…), le nouveau DNB (diplôme national du brevet) dont les contours ne sont pas encore précisés et qui met à mal les disciplines, le nouveau livret LSUN (Livret scolaire unique numérique) complexe et qui accroît la charge de travail, l’annonce d’une réforme du lycée alors que la précédente n’a pas été évaluée officiellement ou encore le nouveau projet d’évaluation et de carrière des professeurs…

Les syndicats de la FSU du 1er et du second degré ne manqueront pas d’intervenir sur ces questions lors du Comité technique consacré au bilan de la rentrée 2016, en novembre. Ils sont à vos côtés, dans les établissements et les écoles, pour soutenir vos revendications.

A lire :la déclaration de la FSU 91 à l’occasion du CDEN du 26 septembre 2016










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